Pourquoi mettre des mots sur les maux du quotidien ?

Le poète helléniste français André Chénier, peut-être inspiré par Aristote, abordait déjà cette problématique « tout mortel se soulage à parler de ses maux ». Il évoque clairement le soulagement qu’apportent les mots sur nos maux. Les mots ôtent donc le poids de nos maux !

Avant toute chose et avant d’essayer de répondre à cette question ou tout au moins d’en dessiner les contours, il convient, il me semble, d’identifier quels sont les maux du quotidien.

Il ne s’agit pas, ici, des maux physiques, bien que nous retrouvions au niveau physique la même chose. Notre corps parle quand nous-mêmes n’y arrivons pas. L’expression en avoir plein le dos prend sens et s’incarne, quand en plus, elle s’accompagne d’un lumbago.

Mais pour l’heure, dans cet article, il s’agit, de tous ces tracas qui alourdissent notre marche. Ils sont fréquents, et affectent notre équilibre psychologique et spirituel, notre niveau de bien être, et notre humeur. Ils changent notre vision de la vie. Ils bloquent et ferment parfois notre vision de l’avenir. Ils obscurcissent parfois nos cieux, nous cachent le soleil, et nous gâchent notre joie.

Il peut s’agir de difficultés avec nos enfants, dans leur scolarité, difficultés à les comprendre, comment les accompagner, comment les écouter… Tant de questions qui nous assaillent bien souvent, qui nous remettent en question, qui nous font douter de notre mission de parents.

Il peut s’agir de lourdeurs professionnelles, ne pas se sentir à sa place, avoir trop de travail, se sentir débordée par le travail, être épuisée, ou à l’inverse s’ennuyer, se retrouver enfermée dans une routine… Tant de maux dont nous n’osons souvent pas parler tant ils font partie de notre quotidien, l’imprègnent et le teintent . Nous n’arrivons souvent pas à prendre la distance nécessaire. Et le « ça ira mieux demain » vient couvrir cette souffrance, sans la traiter.

Il peut s’agir de blessures de couple, de deuil, d’une grossesse non voulue, de tristesse récurrente… Bref tous ces petits maux qui nous gâchent nos jours mais sur lesquels nous ne nous arrêtons pas forcément.

 « Quand il y a le silence des mots, se réveillent trop souvent la violence des maux »(François de la Rochefoucauld, Maximes)

De petites pensées qui affectent notre humeur, mais vites chassées par le quotidien si bien rempli. Alors nous les balayons, les mettons sous le tapis. « Ça ira mieux demain ». Nous faisons taire nos maux. C’est le poids du silence des mots !

 Mais le lendemain, de nouvelles pensées, tout aussi sournoises reviennent, et nous recommençons, nous les mettons avec les autres, également sous le tapis. Et de jour en jour, sans les affronter, nous les cachons. Tant et si bien qu’un jour, sous ce même tapis, il y a une bosse, et cette bosse grossit progressivement. Et vous savez quoi ? On finit par se prendre les pieds dans ce tapis en trébuchant sur cette bosse.

Vous me direz, d’accord, si nous n’ignorons pas ces pensées et ces difficultés, et que nous les regardons alors les soucis se règleront d’eux-mêmes. En quoi mettre des mots sur ces maux va nous aider ?

François Rabelais a dit « à raconter ses maux, souvenirs, on les soulage »(F Rabelais, Cinquième livre)

La première réflexion qui me vient et qu’il n’est pas donné à tout le monde de pouvoir regarder en face les tracas de la vie. Ces maux de tous les jours entrainent une certaine anxiété, de la peur, du stress. L’énergie pour faire face à cette anxiété, cette peur, ce stress n’est pas toujours disponible en nous. Notre éducation nous a aussi peut-être demandé d’avancer dans la vie sans se plaindre. Notre éducation ne nous a peut-être pas habitué à s’arrêter pour regarder ces maux, et n’avons-nous peut-être pas de vis-à-vis, de miroir pour nous aider à le faire. Regarder, et après, quoi en faire ?

Mettre des mots est un premier acte d’analyse. J’essaie de définir ce qui ne va pas. Ce que ces situations provoquent en moi. Mettre des mots permet de prendre la distance avec le vécu émotionnel des situations qui créent les maux de notre quotidien.

Quand on met les situations sous le tapis, on laisse nos émotions dicter nos vies, prendre le dessus dans nos vies. Elles nous dictent un comportement qui ne permet pas de régler la problématique. Nous la cachons, et pensons alors qu’elle n’existe plus. Ce comportement dicté par nos émotions est terriblement enfantin et commun à toutes. Nous le faisons toutes. Et c’est, bien souvent notre toute première réaction : Ignorer, ne pas voir.

Ce que nous ne voyons pas, n’existe pas. Cela nous renvoie à ce jeu que nous avons toutes fait avec les enfants. Celui de cacher un objet, et de le faire réapparaitre. Savez- vous que, pour les jeunes enfants, lorsque nous jouons à ce jeu, l’objet caché n’existe plus. La permanence de l’objet caché n’est pas acquise de suite chez l’enfant, elle se fait entre 18 et 24 mois et s’élabore progressivement à travers ces jeux. Je peux alors dire, par analogie, que notre capacité à ne pas arriver ou vouloir affronter nos maux du quotidien est certainement une tentative de régression en ces temps où l’objet disparu n’existait plus. Quelle tranquillité, n’est-ce pas !

Malheureusement, nous savons que cela ne dure pas. Mettre des mots sur nos maux, est une invitation à faire un arrêt sur image de la situation, à essayer de comprendre ce qui ne va pas, et parfois d’aller à la rencontre de soi, car se « voiler la face », « mettre sous le tapis », ces attitudes inverses sont autant de comportements qui nous cachent qui nous sommes, ce que nous ressentons vraiment et pourquoi nous le ressentons. Pour ne pas trébucher, pour guérir, il faut mettre des mots sur les maux.

Mettre des mots sur les maux du quotidien nous permet de mieux appréhender les situations, et ce faisant, de mieux les comprendre et les traiter. Nos émotions nous font regarder chaque situation selon un prisme, un angle. Ils sont issus de notre histoire, de notre culture, de notre éducation.

« L’âme résiste aux maux auxquels elle est préparée » (Jean de la Fontaine, Fable)

Mettre des mots sur les maux, avec une autre personne, ne permet pas de changer la situation mais de changer la façon dont nous la voyons, de la comprendre, de la regarder sous un autre angle, d’envisager d’autres solutions, d’ouvrir à une nouvelle créativité dans nos vies et d’agir en conséquence.

« On voit les maux d’autrui d’un autre œil que les siens.  » (Tite Live, historien romain)

Et je conclurais avec le « pouvoir créateur » des mots. Lorsque Dieu créa les animaux, très rapidement il demanda à l’homme de les nommer (Ge 2 : 19-20). Il ne les laisse pas à l’état de création sans nom. En nommant les animaux, il leur donne une identité, celle de leur espèce.

Les mots ont ce « pouvoir » de création, ils permettent de mettre en lumière nos souffrances, de ne plus les ignorer et donnent une identité à nos souffrances.

Alors ne restons pas en silence avec nos souffrances, pensant « qu’elles passeront », « que ce n’est rien », « que ça va aller… ». Mettons des mots sur nos maux. Faisons-nous aider pour cela. Ayons un vis-à-vis qui nous accompagne.

Tite Ecoute est là pour aider à mettre des mots sur vos maux du quotidien. 

N.A

Cet article vous a plu, interpelé, vous souhaitez approfondir, en parler, prier, être écoutée, être accompagnée, rompre l’isolement, mettre des mots sur vos maux du quotidien, alors n’hésitez pas à contacter l’adresse mail tite.ecoute@gmail.com, en mettant l’objet de votre prise de contact. Je vous recontacterai très rapidement !

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