Le burn out, en sortir : un mal pour un bien ?

J’ai survolé, dans le précédent article, quelques pistes pour sortir du burn-out. La sortie du burn-out est un processus complexe et individuel.

Sortir du burn-out, c’est comme une lente renaissance à soi-même, avec comme particularité, un profond changement en soi, une redéfinition de ses priorités et plus encore, de ses limites.

C’est se donner la chance de mieux se connaitre. Comme un jeune enfant qui réapprend à marcher, c’est faire trois pas en avant, reculer de deux, tomber, se relever, mais avancer malgré tout.

Il faudra, dans l’avenir, composer avec cet effondrement, mieux encore, l’utiliser comme un curseur visible de tolérance, de limite, voire une force.

Le plus important à garder en tête est que se relever du burn-out prend du temps. Beaucoup disent qu’il faut compter en moyenne une bonne année, et cela, quand on ne brûle pas les étapes et que l’on accepte les marches à franchir. Que l’on se donne du temps pour aller jusqu’à cette guérison.

 Mais voici quelques conseils généraux qui peuvent vous aider :

  1. La reconnaissance et l’acceptation

Prenez conscience que vous êtes en burn-out et acceptez cette réalité. Il est important de reconnaître les signes et les symptômes du burn-out, tels que l’épuisement physique et émotionnel, le cynisme, la perte d’intérêt et la diminution de la performance. (Cf. article précédent). Reconnaitre que l’on ne peut plus continuer, « qu’on ne peut plus tenir ».

A ce titre, nous devrions nous inquiéter lorsque nous commençons à dire « il faut que je tienne ». Cela signifie qu’il existe déjà un déséquilibre qui risque à tout moment de se rompre. Ce constat n’est évidemment pas facile à faire. Bien souvent, nous avons donné tout ce que nous avions pour tenir et cette reconnaissance sonne alors, dans un premier temps, comme un aveu d’échec et se couple avec une perte de l’estime de soi, un sentiment d’incompétence, de fragilité, voire d’« être nul ».

Mais cette reconnaissance est une première étape fondamentale. Sans elle, les autres ne pourront pas avoir lieu

  • 2. Consultez un professionnel de la santé

Il est recommandé de consulter un médecin ou un professionnel de la santé mentale, comme un psychologue ou un psychiatre. Ils vous aideront à évaluer la gravité du burn-out, à proposer un traitement approprié et à vous soutenir tout au long du processus de guérison. Cette étape va de paire avec la reconnaissance. Pour plus de clarté dans l’exposé, j’ai distingué les deux étapes, mais bien souvent elles ont lieu de concert.

Déposer une parole quelque part, est un premier pas de distanciation avec la souffrance. Et, cela fait du bien !  Il ne faut surtout pas minimiser les enjeux de cette parole et ne pas hésiter à se faire aider !

  • 3. Prenez du recul et reposez-vous

Comme je l’ai dit dans le précédent article, le burn-out est un effondrement. Nous avons brulé toutes nos réserves, toute notre énergie.

Imaginons une allumette, mais une allumette que l’on pourrait brûler des deux côtés. Imaginons que cette allumette soit allumée des deux côtés en même temps. Imaginons toujours que votre effondrement est ce qui a été consumé des deux côtés et qu’il ne reste de vous que l’endroit où votre doigt la tenait.

Le repos, permet, dans un premier temps de reconstituer ce qu’il manque, l’énergie qui nous manque. Car c’est bien là que s’arrête l’analogie avec l’image de l’allumette. Chacun de nous possède, en effet, la capacité de reconstituer tout ce qui a été brûlé !

Plus vite vous acceptez de « vous poser (ou « pauser » J) pour vous reposer », plus vite vous irez sur le chemin de la guérison et de la restauration.

Accordez-vous du temps pour récupérer physiquement et mentalement. Prenez des congés si nécessaire et apprenez à vous détendre. Identifiez des activités qui vous apportent du bien-être, le sport, la lecture ou tout ce qui vous permet de vous ressourcer. Renouer avec qui vous êtes, vos besoins fondamentaux.

C’est parfois le moment d’écrire, de tenir un journal. Réfléchir à comment vous en êtes arrivés là, ce que vous avez laissé de vous sur ce parcours, ce que vous avez oublié de faire, ce que vous ne faîtes plus. Et de noter, pas après pas vos « succès », vos « échecs », de voir comment vous pouvez vous remettre en selle. Le travail fait avec un professionnel, s’il y a, vient en complément de ce petit exercice. C’est peut-être aussi le moment d’identifier ce qui vous tient le plus à cœur, de redresser votre trajectoire de vie. De vous poser cette question « suis-je au bon endroit ? »

Pour d’autres, plus créatifs encore, ce sera le moment de fabriquer un « vision board », en se posant les questions suivantes : Quels sont mes objectifs ? Quelles sont mes valeurs ? Quelles sont mes priorités ? Quels sont mes besoins ?…

 Cette exercice, facile et ludique vous permet de coller sur une grande feuille des photos, des images, d’écrire des mots, des citations, venant directement toucher vos désirs profonds, et vous rappellera chaque jour, en le regardant, là où vous voulez aller.

Pour d’autres encore, ce sera d’écrire ses « 10 commandements ». A comprendre ici dans le sens de « ses 10 objectifs » à atteindre. Il s’agit d’identifier 10 choses qui manquent aujourd’hui dans votre vie pour être bien. Ces 10 commandements seront alors à la fois des repères (où vous en êtes) et des objectifs à atteindre. Cela peut prendre, des mois, des années à les atteindre, mais une fois couchés, ils vous donneront un cadre dans lequel évoluer

Il est important que la démarche vous ressemble et de surtout bien garder à l’esprit qu’il n’y a aucun délai (surtout pas !), de se reposer et d’avancer à votre rythme.

Le jour où vous vous sentez l’énergie de faire quelque chose, faites-le, raisonnablement ! Et si, deux heures plus tard ou le lendemain. Vous êtes fatigué ? Eh bien ! Reposez-vous ! C’est que vous en avez besoin ! Il y a autant de récupération dans le repos (qui est une forme de lâcher prise) que dans l’action et la réflexion.

– Pensez que tout est toujours une question d’équilibre, équilibre entre nos sphères :

-La sphère spirituelle :  Où en est ma foi ? Quelle relation ai-je avec Dieu ? Est-ce que je cultive cette relation ?

-La sphère personnelle : Comment je prends soin de moi, de ma santé ? Comment je me détends ?

-La sphère familiale : Comment je me situe dans ma famille ? Est-elle trop présente ? Suis-je « prisonnier » ? Trop distante ? Suis-je seul ?

-La sphère relationnelle : Ai-je un cercle d’amis ?

-La sphère professionnelle : Suis-je épanoui dans mon travail ? Quelle place prend-il par rapport à toutes les autres sphères ? Que me manque-t-il pour être à l’équilibre ? Est-ce que je prends des vacances ? Du repos ? Est-ce que je « coupe » avec mon travail quand je suis en famille, en vacances, le week-end ?

-La sphère environnementale :  Suis-je bien dans ma maison ? Ai-je quelque chose à faire pour améliorer ?

Chacune des sphères doit s’équilibrer avec les autres. Il y a certes des moments de vie où certaines vont prendre un peu plus de place. Mais cela doit être circonscrit dans le temps. Et, lorsque nous avons conscience de cette question d’équilibre, il nous sera alors beaucoup plus facile d’analyser et de se « donner les moyens » de le maintenir.

N’oubliez pas qu’il est toujours plus facile d’évaluer ce que nous ne voulons pas. Et c’est un premier pas ! Mais il est bien plus difficile d’évaluer ce que nous voulons. Et pourtant, c’est uniquement lorsque nous pouvons dire ce que nous voulons, que nous avançons vers cet équilibre, car c’est alors seulement que nous mettons des limites. Et c’est le quatrième point !

  • 4. Établissez des limites

 Apprenez à dire « non » lorsque vous vous sentez débordé ou lorsque vous avez trop de responsabilités. Fixez des limites claires en ce qui concerne votre charge de travail et vos engagements personnels. Assurez-vous de vous allouer du temps pour vous-même.

Cette remarque vaut aussi pour nos relations, nos amis, notre famille.

Mettre des limites c’est aussi prendre soin de soi. Prendre conscience de nos limites, c’est se connaitre. Un jour quelqu’un m’a dit « qu’elle avait saisi, au moment de son burn-out, que Dieu l’aimait plus qu’elle ne s’aimait, et qu’il avait permis cet effondrement pour qu’elle s’arrête, car, par elle-même elle en était incapable. Incapable de s’aimer suffisamment pour prendre soin d’elle. Incapable de dire non, de mettre des limites. Mieux encore, elle se pensait que répondre à tous, était le bon chemin, était valeureux. ». Tout le travail avec elle, a alors porté sur « s’aimer suffisamment pour dire stop », à mettre des limites, à les reconnaitre, les identifier, à comprendre les croyances internes qui la poussaient sans cesse à aller toujours plus loin. Il est important de bien se connaitre, de s’aimer, pour aimer et donner aux autres.

  • 5. Identifiez et modifiez les facteurs de stress

Analysez les sources de stress dans votre vie, que ce soit sur le plan professionnel ou personnel. Essayez de trouver des solutions pour les atténuer ou les éliminer.

 Cela peut impliquer une réorganisation du travail, une délégation des tâches, une communication claire avec votre entourage, ou même la recherche d’un nouvel emploi si nécessaire.

 L’apparition du stress fait parfois écho à la notion de sens. Quel est le sens de ma vie ? Mon travail fait-il sens pour moi ? Ou bien « ma manière de mener mon travail fait-il sens pour moi ? Ou bien encore « la place que je laisse à mon travail fait-il sens pour moi ? Ceci est valable pour le travail ou pour tout autre chose ».

Le stress n’est alors qu’un indicateur, celui que nous sommes en danger, que quelque chose ne va pas dans nos priorités, que nous nous perdons nous même.  C’est en cela, que le burn- out est, si on le prend par le bon bout, une véritable opportunité de renaissance, de changement et de se réaligner avec soi-même, avec nos valeurs, avec le sens profond que nous donnons à notre vie, avec notre appel premier.

  • 6. Investissez dans votre bien-être

Equilibrez les sphères. Prenez soin de vous en vous entourant de personnes proches et en cherchant du soutien auprès de ces proches.

Dans nos milieux chrétiens, la notion même de bien être est très souvent « tabou ». Comme s’il s’agissait d’une mauvaise chose.

 Il existe certes un vrai marché du bien être avec comme unique objectif de vie, la recherche de ce bien être. Je ne parle évidemment pas de cela.

 Pour autant, le bien être fait parti de nous, et nous ne devons pas le rejeter. Une des premières conséquences visibles de ce bien être, est l’épanouissement qui en résulte. Il n’est pas l’objectif à atteindre, mais la conséquence d’avoir réussi à aligner nos besoins à nos valeurs et à notre vie en fonction de ce que nous sommes et de ce que nous sommes appelés à faire. Le tout, dans une vie parfaitement équilibrée.

Il s’agit d’accepter les moments plus difficiles, mais de ne pas non plus les « idolâtrer ». J’ai très souvent vu que l’épreuve était mise en haut rang, voire que des chrétiens recherchaient « cette souffrance » comme une certaine ascèse, peut-être pour se sentir peut-être plus pieux. L’épreuve à son rôle à jouer dans nos existences, et j’en ai déjà parlé. Mais comme toujours, tout doit être équilibré Souffrir oui, mais dans les limites demandées par Dieu.

N’en rajoutons nous pas parfois ?

Il nous est demandé de s’aimer, et s’aimer c’est prendre soin de toi.

S’aimer n’est pas alimenter l’orgueil. Prendre soin de soi, n’est pas alimenter son égo. C’est avoir le juste regard sur soi.

Pourquoi ne pas demander à Dieu de nous donner ce juste regard comme pour la personne citée ci-dessus. Imaginez qu’elle ne fut son choc quand elle comprit que Dieu faisait plus attention à elle, qu’elle-même ! Donnons ce que notre Seigneur nous demande de donner. Restons collés à lui, car avec lui, ce ne sera jamais, ni peu, ni trop !

Attention aux excès ! Nous ne sommes pas exempts dans nos églises de burn-out. Bien au contraire ! N’oublions pas que Dieu lui-même, après son ouvrage, s’est reposé et a institué un jour de repos !

  • 7. Progression graduelle

En anglais, on dirait avancer « step by step »

Revenez au travail de manière progressive, reprenez progressivement les missions, les activités, en commençant par des tâches moins exigeantes et en augmentant progressivement votre charge de travail. Établissez de nouvelles routines qui favorisent un meilleur équilibre entre travail et vie personnelle. Restez vigilant ! Evaluez régulièrement votre investissement, vos limites, le temps de travail. Faites-vous aider par votre entourage si cela reste difficile. Ecoutez-vous !

Rappelez-vous qu’il n’y a pas de solution miracle pour sortir du burn-out, et le processus de guérison peut prendre du temps. Soyez patient avec vous-même et accordez-vous la bienveillance dont vous avez besoin pendant cette période de récupération.

 Et vous verrez alors que « parfois vos vies ont besoin d’être complétement chamboulées, changées et réorganisées pour vous replacer à l’endroit où vous êtes censées être » (d’après une citation anonyme) Et, dans ce sens, l’épreuve du burn-out peut se transformer en « un miracle de renaissance ».

Nathalie AZRAK

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