La manipulation relationnelle et l’emprise mentale (partie 3) : les mécanismes de l’emprise mentale.

Nous avons vu des exemples de contes mettant en scène des pervers, « les méchants ». Nous avons vu que la relation perverse utilise des biais de communication pour arriver à ses fins.

Mais quelles fins ?  J’ai souvent fait allusion à l’emprise mentale aussi, je vais m’attacher ici à décortiquer ce qu’elle est et comment les manipulateurs s’y prennent pour maintenir leur victime sous emprise.  

On emploie également le terme de « gaslighting »[1] pour parler de la manipulation mentale. Pour rappel, nous avons déjà vu, que la manipulation mentale inclue dans son fonctionnement un ascendant, une domination sur l’autre. C’est cela qui est nommée emprise mentale.

 Les manipulateurs, souvent de manière intentionnelle, tentent de faire douter leur victime de leur propre perception, de leur mémoire ou de leur santé mentale.

L’objectif du gaslighting est de prendre le contrôle et le pouvoir sur la personne ciblée en sapant sa confiance en elle et en la rendant dépendante de l’agresseur pour obtenir une validation ou une compréhension de la réalité. Cela se fait en niant ou en invalidant les expériences ou les sentiments de l’autre, en lui faisant croire qu’il se trompe, en culpabilisant, ou en déformant la réalité, ses propos. Les manipulateurs savent mentir avec beaucoup d’aplomb et de conviction. Ils peuvent être de très « beaux parleurs » (petite remarque, tous les « beaux parleurs » ne sont pas des pervers narcissiques !), être très sympathiques…

Où, au contraire, attirer la compassion, pousser l’autre à vouloir l’aider, voire se poser en victime. Ils fonctionnent d’une façon devant le monde et souvent d’une autre avec leur victime, dans la dualité de leur relation.

Ils peuvent avoir deux visages. Celui qu’ils montrent à tous, est beau et sympathique, mais celui qu’entrevoie parfois la victime est méprisant et dur. Ils avancent masqués, cachés afin de prendre le contrôle de leur victime.

Ce que nous avons vu dans le précédent article.

Anabelle Boyer[2] décrit quatre étapes principales qui permettent aux manipulateurs d’instaurer avec leur interlocuteur, une relation sous emprise.

La première étape de l’emprise mentale est l’étape dite du « hameçonnage »[3] :

Cette étape est l’étape de la « lune de miel » dans la relation perverse. La personne manipulée (qui ne la sait pas) vit une relation amoureuse, amicale, professionnelle extraordinaire ! Elle se sent connectée à l’autre. Elle est sur la même longueur d’onde, partageant les mêmes valeurs et parfois la même histoire. Elle se sent respectée, reconnue. La communication est fluide. Elle a trouvé son « âme sœur ».

Les manipulateurs, à ce stade, sont charmants, charmeurs, doux, attentionnés…

Durant cette phase, le manipulateur ne va envoyer que des messages valorisants afin de bien ferrer sa proie. La personne se sent comprise, démarquée, spéciale, importante.

L’objectif, est de donner l’impression, de faire croire à sa victime, qu’ils sont bien ensemble, à l’aise et que tout va bien.

Si je reprends la métaphore avec l’araignée, ils tissent leur toile. Alors, plus ou moins rapidement selon le contexte et les personnes, ils vont passer à l’étape 2 de la mise en place de l’emprise mentale.

La seconde étape de l’emprise mentale est l’étape de l’endoctrinement :

Durant cette phase, la personne est déjà appâtée, embarquée dans le discours de son manipulateur. Elle est enchantée par son emprisonneur. D’ailleurs elle ne parle plus que de lui (ou elle), y pense toujours. La présence du manipulateur, dans la pensée de sa proie augmente, prend de plus en plus de place. Et, de plus en plus, elle fait siennes les pensées du manipulateur.

C’est durant cette phase que les manipulateurs vont peu à peu changer les habitudes de vie de leur victime afin d’y mettre les leurs. Ils changent progressivement l’environnement de vie de leur victime. Ils l’amènent à rencontrer d’autres personnes qui vont confirmer qu’elle est tombée sur la bonne personne. Il se sert du regard des autres pour emprisonner sa victime dans cette relation, qu’elle croit merveilleuse,  ce que l’entourage confirme d’ailleurs. Le manipulateur brille très souvent en société pour éblouir sa victime.

En parallèle, le manipulateur isole sa victime de son entourage propre. La personne victime de manipulation va arrêter de voir ses amis ou collègues habituels. Le manipulateur poursuit l’objectif de la faire sortir de son cercle (zone de confort) afin de la faire entrer dans le sien (déstabilisation). Avec ce « jeu », il fait voir à sa victime les défauts de ses amis, de la famille.

Il peut aussi vouloir changer d’autres habitudes, la nourriture, la façon de s’habiller… Il déconstruit peu à peu sa victime, son identité propre, sociale ou/et professionnelle. Confusions et doutes sont les nuages qui l’entourent et maintiennent cette camisole que le pervers lui a mise.

Après la séduction et l’endoctrinement, il peut aisément la dominer, car il possède maintenant une ascendance sur sa victime. Cette ascendance mise en place, il lui arrive de temps en temps, en privé de montrer son vrai visage, assez brièvement et de façon confusante, et cela afin de marquer encore plus son territoire par la peur. Il peut se le permettre, car elle est devenue « sa » chose et une chose isolée, ayant perdu ses propres repères. Qui pourrait la croire maintenant? Il peut nier ensuite, mentir, la faire douter d’elle… La communication est tronquée et la relation sous emprise mise en place.

La troisième étape de l’emprise mentale est l’étape de la pression :

Les manipulateurs font tout cela afin d’obtenir quelque chose de leur victime. Ils veulent s’approprier ce qu’elle a (et qu’eux n’ont pas), la vampiriser. Ils la font sortir de sa zone de confort, la déstabilise. Durant cette phase, ils deviennent très insistants. La victime se rend bien compte qu’il y a un souci, mais a bien du mal à l’identifier. Les manipulateurs sont déjà dans la tête de leur victime. Ce qu’ils sont, ce qu’ils pensent, ce qu’ils désirent, comment ils voient leur victime (faible et misérable bien souvent) a déjà pris toute la tête de la victime. Ils savent aussi que ce point est critique et que leur victime peut commencer à se « rebeller »,  et tenter d’y voir clair. C’est à ce moment-là qu’ils vont commencer à souffler le chaud et le froid. Tantôt ils desserrent leurs griffes pour mieux l’apprivoiser et la rendre encore plus dépendante et la seconde d’après, les resserrent jusqu’à lui ôter tout souffle, toute pensée, toute autonomie. Ils sont, durant cette phase, très présents et exercent un fort contrôle. Chez la victime, des symptômes physiques vont commencer à se manifester en raison du stress que génère ce type de relation : difficulté à dormir, maux de ventre, eczéma, urticaire, douleurs musculaires, soucis de digestions…

La quatrième étape de l’emprise mentale est l’étape de l’indifférence, du dénigrement.

Lorsque la victime n’a pas été jusqu’au bout des demandes des manipulateurs ou n’a pas été assez vite dans l’exécution de ses demandes, ou émet des réticences, ils vont alors adopter deux stratégies principales :

-L’indifférence : Ils mettent de la distance, en réalité une pseudo distance,  calculée. Ils ne téléphonent plus, « se font discrets ». Pourquoi ? Ils veulent créer un effet de vide, créer le manque chez leur victime, se faire à nouveau désirer et la faire culpabiliser. Mais ils prennent un risque, celui de laisser leur victime seule avec elle-même. La distance peut aider à réfléchir et à reprendre le contrôle de leur vie. Et ils le savent !  C’est pourquoi, Ils desserrent juste ce qu’il faut pour que cette culpabilité la torture, la culpabilise, tout en la maintenant, juste ce qu’il faut, pour garder le contrôle sur elle. Je trouve ici, que la meilleure image qui illustre ces deux attitudes est celle du chat qui joue avec la souris qu’il vient d’attraper. Notre chat a chassé. Il a observé, embusqué, avant de sauter et saisir notre souris. Or, bien souvent, il ne la tue pas tout de suite. Il va « jouer » avec elle. Prolongeant ainsi en lui l’excitation et la joie que lui procure la chasse. N’oublions pas que le chat, comme tout prédateur, prend un grand plaisir à cette chasse. La souris, elle, victime, proie sans beaucoup d’autre défense que la fuite, est déjà blessée par les attaques et les griffes du chat. Sa chair est déjà entaillée. Il pousse alors la torture en la relâchant, en la laissant s’échapper, juste un peu, pour mieux la rattraper et l’achever. Elle n’a véritablement que de faibles chances de s’en sortir ! Notre manipulateur, comme le chat, est un prédateur qui aime la chasse, qui aime l’excitation et la joie qu’elle procure. Mais, qui , comme le chat, n’éprouve aucune compassion pour sa victime, le seul objectif étant de la croquer, de la manger.

Le dénigrement : la meilleure façon pour les manipulateurs de garder le contrôle est de dénigrer leur victime, de piétiner son estime de soi, de piquer son ego, de la mépriser afin de l’amener à faire tout ce qu’ils veulent. Faire réagir la victime comme il veut ; Casser ses envies « d’indépendance ». La victime est manipulée depuis plusieurs semaines déjà, son jugement est biaisé. Il est un marionnettiste et sa victime une marionnette entre ses mains.

Certains sont capables de dénigrer en privée et d’encenser en public, annihilant ainsi tout possibilité de trouver des alliés extérieurs pour une possible tentative « d’évasion ».

Dans la 4ème partie de cet article, nous analyserons les caractéristiques du manipulateur relationnel.

Nathalie AZRAK


[1] Le concept de gaslighting ne provient pas d’un courant psychologique spécifique, mais il est souvent associé à des concepts de psychologie sociale et de psychologie clinique qui étudient les dynamiques de pouvoir, de manipulation et de relation abusive. Le terme tire son origine d’une pièce de théâtre et d’un film du même nom, « Gaslight » (1944), dans lesquels un homme manipule sa femme pour la faire douter de sa santé mentale en altérant l’éclairage de leur maison. Le gaslighting est donc plus un terme de la culture populaire et de la psychologie pratique que directement issu d’un courant psychologique académique.

[2] Relations sous Emprise, comment s’en libérer sur le plan personnel et professionnel, Annabelle BOYER, Béliveau Editeur.

[3] L’hameçonnage relève du registre de la manipulation et de la tromperie. C’est plutôt un vocable emprunter à la psychologie sociale. L’accent est mis sur la façon dont les individus interagissent ensemble et avec les autres. Particulièrement dans les domaines de la confiance, de la persuasion et de la prise de décision. L’hameçonnage va exploiter les mécanismes cognitifs tels que la crédulité, la curiosité, la peur, la séduction pour placer leurs interlocuteurs sous leur contrôle.

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