

« Nous tous qui, le visage découvert, contemplons* comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en son image dans une gloire qui ne cesse de grandir. C’est l’œuvre du Seigneur, c’est-à-dire de l’Esprit ».
2 Cor 3 : 18 (version Semeur)
(* autre traduction : « reflétons »)
J’ai souvent entendu, trop entendu, à vrai dire, de mauvaises choses sur l’estime de soi, l’égo, le Moi, souvent confondues avec le narcissisme, l’égoïsme, l’égocentrisme. Et finalement de retrouver tellement de personnes blessées, n’osant plus être elle-même, croulant sur la culpabilité, ne voyant plus quelles belles personnes elles sont !
J’oserais, j’irais même jusqu’à dire, afin de bousculer les idées reçues, qu’il existe une sorte de pharisianisme concernant ces concepts. Ils seraient tellement dangereux qu’il ne faut pas y toucher ! Alors on y met des règles, on mélange les concepts. On les associe tous à du péché.
Parler de l’estime de soi relèverait d’une forme d’orgueil. Un amalgame entre le développement personnel autocentré et le développement personnel que Dieu conduit pour chacun de ses enfants afin de les faire grandir, de les guérir à travers la sanctification. Combien d’enfants n’ont pas été respectés dans leur individualité d’enfant, dans leur personnalité, dans leur physique et ont, par conséquent une faible estime d’eux même ? Combien de blessures et de soucis identitaires sont liés à une faible, trop faible estime de soi ?
Que deviennent-ils adultes ? Des adultes bancales qui ont bien souvent beaucoup de mal à se situer dans une société de plus en plus fondée sur la performance. Comment être performant quand on ne sait pas, au fond ce que l’on vaut, quand on part avec des failles, des complexes, des non reconnaissances, des blessures non guéries, des questions sans aucune réponse ? Combien ne savent pas répondre à cette simple question : qui suis-je ? Bien souvent trop embarrassante alors qu’elle est, on ne peut plus naturelle.
C’est un peu la politique de l’autruche, il vaut mieux ne pas voir et ne pas s’occuper de ce que l’on ne comprend pas. Cela frôle parfois la superstition. Qui n’a pas entendu, enfant, « ne te regarde pas trop longtemps dans le miroir sinon tu vas voir le diable derrière toi ». Tout ça pour quoi ? Peur de l’orgueil ? Peur que l’enfant ne devienne comme Narcisse ? Conjurer par avance un amour excessif de soi ? …
Mais imaginons deux secondes ce qu’une telle phrase a comme impact chez un enfant. Elle nourrit la peur, le dégoût de soi (détourner le regard de soi), peut induire une faible estime de soi. Mais en aucun cas ne donne le juste regard sur soi. Elle a comme conséquence, souvent, des effets bien plus graves. Et des phrases de ce types, il y en a beaucoup ! Beaucoup trop ! Et bien souvent sous le couvert de développer comme vertus l’humilité ! Ce n’est certainement pas comme cela que l’humilité devient le socle sur lequel chacun peut se fonder. Elle nait quand nous savons qui nous sommes dans cet immense univers, et quand nous sommes pleinement conscients à qui nous devons ce que nous sommes.
Ne pas se regarder ne nous donnera pas une meilleure image de nous-même. Cela ne fera que « ne pas se regarder », « ne pas se voir »…. Apprendre à se regarder et se voir dans des yeux d’amour, voilà qui change tout !
C’est pourquoi, je tenais redonner les définitions, les points communs et les différences entre les concepts d’estime de soi, d’égo, du Moi, au travers de cette petite analyse sémantique et conceptuelle…. Tous ces mots que l’on utilise les uns pour les autres, les uns à la place des autres, alors qu’ils ne sont pas interchangeables. Tous ces mots que nous fuyons au lieu de les apprivoiser.
Définition du narcissisme, de l’égo, de l’égoïsme, de l’égocentrisme, du Moi et de l’estime de soi :
Ces termes se rapportent à la façon dont une personne se voit et interagit avec le monde, chacun ayant une nuance spécifique :
Le narcissisme : Cette notion se réfère à un trait de personnalité où l’individu a une fascination et une préoccupation excessive pour lui-même, ses besoins, son apparence et son succès. Le narcissisme peut mener à des comportements d’exploitation envers les autres et un manque d’empathie. Il peut être empreint d’orgueil, d’un amour excessif et immodéré de soi, mais peut-être aussi la conséquence d’une blessure profonde, d’un vide abyssal, d’une quête absolue de reconnaissance jamais assouvie. Quel qu’en soit la raison, c’est un comportement toxique pour celui qui souhaite entrer en relation. Mais ça, nous l’avons déjà vu.
L’illustration parfaite d’où le concept tire son nom, vient de la mythologie grecque. Narcisse était le fils de la nymphe Liriopé. Très beau, il fut l’objet d’une sentence des Dieux. Voilà pourquoi, un jour où il vit son reflet dans l’eau claire d’une source, il tomba amoureux de sa propre image. Face à cette passion sans espoir, il préféra se suicider. Comme il se plongeait un poignard dans la poitrine, son sang s’écoula dans la terre et ainsi naquit un narcisse blanc à corolle rouge. C’est pourquoi l’on dit d’une personne qui s’aime à outrance qu’elle est narcissique. Il est à noter que dans certaine version de ce mythe, il est dit que Narcisse était incapable d’aimer une autre personne que lui-même.
L’égo : Il représente le sens de soi ou l’identité d’une personne. L’égo est une partie centrale de la psychologie de l’individu, impliquée dans la prise de décisions et l’interaction sociale, servant d’intermédiaire entre les désirs personnels et la réalité. Ce terme est bien trop souvent utilisé dans le langage commun comme amour excessif de soi (ego surdimensionnée), dont le sens est imbriqué dans celui de son cousin « égoïsme » dont il partage une racine commune « ego » qui veut simplement dire « Moi ». Une autre façon de le définir est « je suis… » : « je suis une fille », « je suis grande, » « je suis gentille » (….). Un bon égo permet tout simplement de se connaître, de bien s’identifier, et de répondre à la question de « qui suis-je » ?
L’égoïsme : Il caractérise une préoccupation excessive pour ses propres avantages et bien-être, sans considération pour les besoins et les sentiments des autres. L’égoïsme se manifeste par des actions visant principalement à bénéficier à soi-même, souvent aux dépens des autres. Dans tout ce que la personne fait, c’est d’abord et avant tout à son propre avantage qu’elle pense. Que peut-elle en retirer pour elle-même ?
L’égocentrisme : Il décrit une incapacité ou une difficulté à voir les situations du point de vue d’autrui. L’égocentrisme n’implique pas nécessairement de l’égoïsme ; il s’agit plutôt d’une limite dans la perspective, où l’individu a du mal à reconnaître et à comprendre les expériences et les sentiments des autres personnes. C’est le « Je suis au centre du monde et le monde doit tourner autour de moi et à mon rythme ».
A travers ces définitions, nous voyons que l’égo et l’égoïsme et égocentrisme, bien qu’ayant la même racine, ne font pas référence à la même chose.
Le Moi : C’est en premier lieu, un terme psychanalytique (Freud) qui s’est démocratisé. En psychologie, le « Moi » fait référence à l’ensemble des expériences, des actions, et des pensées d’un individu qui le constituent en tant que personne unique. C’est la notion de soi-même en tant qu’entité distincte.
Remarque : le Moi, en psychologie, est aussi appelé ego, tant en anglais qu’en français
L’estime de soi : L’estime de soi est la perception et l’évaluation de sa propre valeur. Elle comprend la confiance en ses propres capacités, la valorisation de soi en tant qu’individu digne et la satisfaction vis-à-vis de soi-même. Une estime de soi saine est cruciale pour le bien-être psychologique et l’épanouissement personnel. Une bonne estime de soi est un regard réaliste sur soi-même, qui inclus la connaissance de ses forces et de ses faiblesses, de ses qualités et de ses défauts.
Une mauvaise estime de soi, s’aimer soi-même plus que tout renvoie à un comportement narcissique. C’est cette attitude qui amène à croire que nous possédons des capacités au-dessus que la moyenne, à avoir des talents exceptionnels, à penser que nous sommes, beaux, intelligents, merveilleux et capables de faire de très grandes choses. La parole n’enseigne pas à cultiver l’amour propre. Jésus nous dit d’aimer l’autre comme nous-même. Nous sommes donc exhortées, en premier lieu, à nous aimer. La parole nous invite ainsi à avoir le juste regard sur nous même. Nous sommes appelés à nous voir comme Dieu nous voit.

» (…) je dis à chacun de vous de ne pas avoir une trop haute opinion de lui-même, mais de garder des sentiments modestes, chacun selon la mesure de foi que Dieu lui a donnée.
Romains 12.3 (LSG)
Nous voyons bien que ces concepts se chevauchent mais ont chacun leur domaine spécifique, influençant de manière complexe la personnalité et le comportement social de chacun.
Et si on les comparait ?
Quels sont les points communs et les différences entre l’estime de soi et l’ego :
L’estime de soi et l’ego sont deux concepts souvent liés, mais ils diffèrent dans leur nature et leurs manifestations.
Le Point commun est l’auto-perception. L’estime de soi et l’ego concernent tous deux la façon dont une personne se perçoit et se valorise. Ils influencent la manière dont les individus interagissent avec le monde autour d’eux et réagissent aux situations de la vie.
La Différence repose sur leur nature propre, leur orientation, leur manifestation :
La nature :
- L’estime de soi est une évaluation plus profonde et plus stable de la valeur personnelle et des compétences. Elle englobe la façon dont une personne se juge en termes de valeur et de compétence dans divers domaines de la vie.
- L’égo, en revanche, est souvent associé à la conscience de soi, au sens de l’identité, et peut être plus immédiatement réactif et changeant, influencé par les interactions sociales et les succès ou échecs.
L’orientation :
- L’estime de soi, en revanche, est généralement vue sous un jour positif, indiquant une appréciation saine de soi-même qui favorise le bien-être personnel sans nécessairement se comparer aux autres.
- L’égo peut parfois être perçu comme ayant une connotation plus négative, associé à l’orgueil, l’arrogance ou une préoccupation excessive pour l’image de soi face aux autres.
La manifestation :
- Une forte estime de soi se manifeste par une confiance et un respect de soi sains, indépendamment des opinions extérieures.
- Un ego fort, d’autre part, peut se manifester par un besoin de validation externe, de reconnaissance, et une sensibilité aux critiques.
En somme, bien que liés, l’estime de soi concerne davantage l’évaluation interne de la valeur personnelle, tandis que l’ego englobe plus largement la conscience de soi et l’identité personnelle, avec une forte composante sociale.
Quels sont les points communs et les différences entre l’humilité et l’estime de soi :
L’humilité et l’estime de soi sont deux qualités personnelles importantes qui peuvent coexister harmonieusement, malgré leurs apparences initialement opposées.
L’humilité est la qualité de ne pas se voir comme supérieur aux autres. Elle implique une compréhension réaliste de ses propres forces et faiblesses, et une ouverture à apprendre des autres, sans chercher à dominer ou à imposer sa propre importance. Une personne humble reconnaît ses erreurs, est disposée à se remettre en question et valorise les contributions des autres.
L’estime de soi concerne la façon dont une personne se perçoit et se valorise. Avoir une estime de soi saine signifie se respecter et croire en ses propres capacités tout en étant conscient de ses limites. Cela ne nécessite pas de se sentir supérieur aux autres, mais plutôt de se sentir compétent et digne dans ses propres droits.
Comment peuvent-elles coexister ?
L’équilibre :
L’humilité et une estime de soi élevée peuvent se compléter en permettant à l’individu de reconnaître ses succès et ses talents tout en restant ouvert à l’apprentissage et à la croissance personnelle. Cette combinaison favorise une vision équilibrée de soi-même qui intègre la confiance et la modestie.
Le respect des autres :
Une estime de soi saine permet à une personne de se sentir sécurisée dans sa propre valeur, ce qui facilite l’humilité en éliminant le besoin de se comparer aux autres ou de les dévaloriser pour se sentir supérieur.
La croissance personnelle :
L’humilité peut améliorer l’estime de soi en encourageant l’apprentissage et le développement personnel. Reconnaître qu’il y a toujours de la place pour l’amélioration peut motiver l’individu à poursuivre des objectifs personnels et professionnels, renforçant ainsi sa confiance en ses capacités à surmonter les défis.
L’estime de soi et l’humilité, lorsqu’elles sont équilibrées, permettent une perception de soi nuancée qui favorise la résilience. Une estime de soi saine offre la confiance nécessaire pour affronter les défis, tandis que l’humilité assure que cette confiance ne se transforme pas en arrogance, gardant la personne ancrée dans la réalité. Cette combinaison encourage une attitude de croissance, où les erreurs sont vues comme des étapes vers le succès plutôt que des marques d’incompétence.
La résilience :
Les personnes qui cultivent à la fois l’humilité et une saine estime de soi tendent à être plus résilientes face aux échecs. Elles sont capables de voir les échecs comme des opportunités d’apprentissage plutôt que des réflexions négatives sur leur valeur personnelle.
Le lien entre la résilience, l’estime de soi et l’humilité est profond et intrinsèquement lié à la manière dont une personne gère les défis, les échecs et les critiques dans la vie. Chacun de ces traits se nourrit et soutient les autres, contribuant à une approche plus équilibrée et adaptable de la vie.
L’humilité et l’estime de soi s’inscrivent dans un cycle de renforcement mutuel. Lorsque les individus font face à des défis, une estime de soi saine leur permet d’avoir confiance en leur capacité à les surmonter, tandis que l’humilité les gardes ouverts à apprendre de ces expériences. Cette ouverture facilite la croissance personnelle, qui à son tour renforce l’estime de soi et la résilience, créant un cycle vertueux de développement et d’adaptabilité.
–Résilience et estime de soi :
La résilience se réfère à la capacité de rebondir après des expériences difficiles, de surmonter les obstacles et de continuer à avancer malgré les adversités. Une estime de soi saine est cruciale pour la résilience. Lorsque les individus se valorisent et croient en leurs propres compétences, ils sont plus enclins à percevoir les défis comme surmontables et à rester motivés face aux difficultés. Ils voient les échecs non pas comme des reflets de leur valeur personnelle, mais comme des occasions d’apprendre et de grandir. En outre, une estime de soi saine permet de chercher du soutien en cas de besoin, renforçant ainsi la résilience.
–Résilience et humilité :
L’humilité, qui inclut la reconnaissance de ses propres limites et la volonté d’apprendre des autres, est également un composant essentiel de la résilience. Les personnes humbles ne se laissent pas facilement décourager par les échecs ou les critiques ; elles les acceptent comme des opportunités d’apprentissage. Cette ouverture à la croissance et au changement est au cœur de la résilience. L’humilité aide aussi à maintenir des attentes réalistes et à adapter les objectifs en fonction des circonstances, facilitant ainsi une récupération plus rapide après les revers.
En résumé, l’humilité et une saine estime de soi ne s’excluent pas mutuellement ; elles se renforcent, elles sont interconnectées de manière à ce que la présence de l’une renforce l’autre. Ensemble, elles forment la base d’une personnalité équilibrée, capable de succès personnel tout en restant respectueuse, empathique et ouverte aux autres. Elles forment un pilier de soutien pour naviguer dans les complexités de la vie avec grâce, persévérance et une disposition à grandir continuellement.
Et finalement, plutôt que d’avoir peur de tous ces concepts, approchons-nous du seul miroir qui nous aide à avoir une appréciation juste et réaliste de nous-même : la parole de Dieu.
Que dit-elle à ce sujet ? Elle dit que nous avons été créés à l’image de Dieu, qu’il nous aime SANS condition, que nous sommes des créatures merveilleuses, qu’il a donné son fils pour nous libérer du péché, ce faisant, nous sommes pardonnées. Alors pourquoi continuer à se condamner ?
Nathalie AZRAK

« Et Dieu considéra tout ce qu’il avait créé : c’était très bon. (…)
Genèse 1 : 31 (version semeur)
Cet article vous a plu, interpelé, vous souhaitez approfondir, en parler, prier, être écoutée, être accompagnée, rompre l’isolement, mettre des mots sur vos maux du quotidien, alors n’hésitez pas à contacter l’adresse mail tite.ecoute@gmail.com, en mettant l’objet de votre prise de contact. Je vous recontacterai rapidement !
Mail TITE ECOUTE :
Abonnez-vous pour ne manquer aucun article :
