
Il existe un village perdu dans la montagne. Un petit village, pittoresque. On ne peut y accéder que par une seule route escarpée, parfois dangereuse mais toujours longue et sinueuse. Aussi, pour aller au village, il faut le décider, il faut le vouloir !
À l’entrée du village se dresse un gros chêne, un très vieux chêne centenaire, au tronc noueux, aux branches longues et aux racines profondes. Majestueux, inébranlable, intemporel, il semble veiller sur le village depuis toujours.
Sous ses branches, un vieux banc en bois accueille depuis longtemps promeneurs et passants. Assis là, ils se confient, échangent, rient, murmurent… et notre vieux chêne a ainsi été le témoin silencieux de tant de conversations. Ah, s’il pouvait parler !
Et pourtant, il parle. Car ce chêne est particulier : c’est un chêne mémoire. Les chênes mémoires écoutent avec patience, et savent raconter les histoires qu’ils entendent, pour que le temps, les mots et les vies continuent de s’entrelacer. C’est pour cela qu’ils vivent si longtemps : pour que la mémoire ne se dissolve jamais avec le temps.
Et ce chêne raconte volontiers l’histoire d’Oreille. Pourquoi celle-là ? Parce que la sagesse que lui confère ses plus de cent ans, lui a appris qu’il n’est pas de plus grand pouvoir dans le monde que celui que possède Oreille. Ni de plus grande qualité d’ailleurs.
Vous connaissez Oreille ? Son histoire ? Non ?
Alors, c’est que vous ne venez pas souvent dans ce petit village. Car si tel était le cas, vous l’auriez déjà croisé, assis sur le vieux banc, à l’ombre du grand chêne. Et si, par hasard, vous ne l’aviez pas trouvé… les feuilles ondulantes du chêne, frémissantes sous la brise, vous auraient déjà murmuré son histoire.
Moi, j’y suis allée, un jour de printemps, doux, odorants. Les premières chaleurs venaient réchauffer mon corps endolori par cette longue et fastidieuse montée. J’avais entendu parler d’Oreille, mais je voulais le rencontrer. Arrivé au village, fatiguée par la montée, je me suis reposé sur le banc. De suite, les feuilles du vieux chêne m’ont dit qu’il ne serait pas là avant la tombée de la nuit. Il s’était absenté pour faire une leçon à un jeune ami. Mais, me dirent-elles, nous n’oublions rien, nous mémorisons tous. Alors, à l’ombre du vieux chêne, bercé par la brise et l’histoire racontée, je me suis laissé bercer. À moi de vous la raconter aujourd’hui…
Oreille est un vieil homme si vieux qu’on ne peut plus compter ses années. On n’ose peut-être pas. Certains l’appellent Maître car Oreille connaît plus de secrets que le vieux chêne ne possède de feuilles.
Oreille s’assoit tous les jours sur le vieux banc, à la même heure, été comme hiver, qu’il pleuve, vente, neige ou fasse soleil. Il reste là, la journée, et attend. Et chaque jour, une, deux, trois…ou plusieurs personnes viennent s’asseoir à côté de lui et viennent lui parler. Et lui écoute, écoute et écoute encore.
Ce matin-là, c’est encore Apprenti qui vient lui rendre visite. Oreille aime beaucoup Apprenti. Il est gentil, veut apprendre et possède lui aussi, une qualité rare, la même qu’Oreille. Mais il ne le sait pas encore. Elle est brut, noire comme du charbon, vilaine. Mais Oreille sait et se dit qu’avec un bon polissage quelques tailles elle pourrait révéler tout son potentiel… Oreille rêve aussi, souvent pour les autres. Et là, il rêve à ce que pourrait devenir Apprenti.
Apprenti aime lui aussi beaucoup Oreille. Il sait tant de choses…Il pourrait l’écouter des heures et des heures. C’est pourquoi, il vient plusieurs fois par semaine, quelques fois plusieurs fois par jour poser des questions à Oreille.
Apprenti veut comprendre. Apprenti veut apprendre.
Ce matin-là donc, il s’assit, comme à son habitude, à côté d’Oreille.
— Maître, dit-il, pourquoi les gens viennent-ils te raconter leurs histoires ?
Oreille sourit doucement, et il semblait écouter même ce que le vent murmurait. Mais il lui répondit :
– Parce que chaque mot qu’on prononce, jeune Apprenti, est une clé. Parfois, il ouvre une porte vers la joie, parfois vers la peine. Mais au-delà du mot, il y a ce que le mot cherche à dire… ce que j’appelle le mot caché. Les mots ne disent pas toujours ce qu’ils veulent dire. Ils disent parfois ce qu’ils peuvent. Ce qu’on dit, n’est pas toujours une information. C’est parfois un geste. Le langage ne décrit pas seulement une réalité. Il tente quelque chose. Il cherche une réponse. Les mots protègent. Ils déguisent parfois une demande en retrait. Un espoir en ironie. Un besoin en attaque.
- Maître, je ne comprends pas ce que tu dis…
- Je sais Apprenti. C’est long de comprendre. Les mots sont discrets et leurs intentions parfois secrètes.
Ecoute, voici un exemple, « Je ne sais pas. », peut vouloir dire que « je ne sais pas, je n’ai pas la réponse », mais il peut aussi vouloir dire que « je sais, mais je ne suis pas encore prêt à en parler. »
- Tu veux un autre exemple ? « De toute façon, ça ne sert à rien. », peut vouloir dire « j’ai espéré trop souvent » et sous-entendre « Et maintenant, j’ai peur d’y croire encore. »
Tu vois Apprenti, les mots aussi ont un langage non verbal. Le mot est là pour ceux qui savent écouter avec plus que les oreilles. Les mots emballent souvent des maux. Ce sont ceux-là que chacun dépose ici, ce sont comme des pierres sur un chemin. Certaines sont lourdes, certaines scintillent. Mon rôle n’est pas de juger la pierre, mais de sentir le chemin qu’elle forme. C’est cela que j’appelle le mot caché, le langage non verbal du mot.
Apprenti fronça les sourcils, réfléchit un instant et murmura :
— Alors, tu entends ce que les mots ne disent pas ?
— Oui, dit Oreille, et c’est là que commence la vraie guérison. On ne guérit pas les mots, mais ceux qui parlent. On ne répond pas avec des mots, mais avec l’écho de ce que le mot voulait vraiment toucher.
Apprenti sentit une chaleur douce dans sa poitrine.
— Et moi, je pourrai apprendre à entendre ces échos ?
Oreille posa une main sur son épaule.
— Tu peux… Ecoute le silence. Ecoute ce qui ne s’entend pas. Regarde au-delà des mots, Regarde leur langage, écoute la voix qui vibre, regarde le regard qui se perd dans le lointain…Alors les mots n’auront plus de secret pour toi, et tu découvriras leur monde derrière les histoires.
Apprenti regarda Oreille, songeur et posa une nouvelle question :
— Maître, comment fais-tu pour que tous ces mots tristes, lourds ou douloureux ne restent pas coincés dans le cœur de ceux qui viennent te parler ?
Oreille hocha la tête lentement, comme s’il pesait chaque mot avant de le libérer :
— Comme je te l’ai dit, les mots cachent parfois des maux quand enfermés. Mais quand on les met en mots, quand on les dépose ici, devant quelqu’un qui écoute avec le cœur… alors les mots dits cessent d’être maudits. Ils deviennent clairs, léger, presque lumineux.
Apprenti fronça les sourcils :
— Écouter avec le cœur ? C’est vrai, tu me l’as déjà dit, les mots ne suffisent pas.
— C’est ça, dit Oreille, les oreilles seules ne font qu’entendre. L’empathie, c’est écouter avec le cœur et sentir le chemin des mots dans celui qui parle.
Il ajouta avec douceur :
— Tu vois, jeune Apprenti, mettre les mots sur les maux du quotidien, ce n’est pas seulement parler. C’est reconnaître ce qui blesse, et le nommer ainsi celui qui parle retrouve la paix. Les mots dits, partagés, deviennent alors des ponts.
Apprenti sentit un frisson parcourir son dos :
— Alors c’est ça : les maux ne guérissent pas tout seuls, mais mis avec soin, avec attention et cœur, portés et libérés par les mots, ils peuvent rendre la vie plus légère.
— Exactement, murmura Oreille. Et c’est ce que tu apprendras ici, assis à mes côtés : écouter, accueillir, et transformer les mots en lumière.
Un silence tomba sur le village. Mais ce silence n’était pas vide. Il vibrait des mots que personne n’avait encore prononcés. Et dans ce silence, Apprenti comprit que chaque mot, chaque geste, chaque soupir avait sa propre musique, qu’il suffisait d’apprendre à écouter pour que cette musique devienne claire.
- Oreille apprend moi.
- Es-tu prêt Apprenti à faire ce voyage avec moi ?
- Oui, répondit Apprenti
- Alors, murmura Oreille, vient me rejoindre chaque jour sur ce banc. Et je te montrerai 6 leçons fondamentales. Soit prêt Apprenti car ce voyage te transformera toi d’abord…
Voilà ce que m’ont raconté les feuilles du vieux chêne ce jour-là. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, elle ne fait que commencer…
Vous voulez connaitre la suite…Alors rendez-vous pour un voyage en 6 étapes…
Nathalie AZRAK

La rencontr d’oreile avec Apprenti, le début du voyage (Partie 1) -Audio
Ce texte vous a interpellé, parlé. Il vous a peut-être aidé à comprendre, mettre des mots sur vos maux, alors n’hésitez pas à me contacter. Parler, c’est mettre en lumière, c’est mettre à distance. Nommer, c’est le premier pas vers la liberté. Je suis là pour vous accompagner, vous écouter, prier avec vous. N’hésitez plus ! Franchissez le pas !

tite.ecoute@gmail.com
ou
Tite Ecoute : mettre des mots sur les maux du quotidien.
