Voici le premier article d’une série sur les relations. Je vais commencer par aborder la problématique de la relation toxique. Il en existe de plusieurs sortes. Une relation est appelée toxique, dès lors que l’un des deux (ou les deux) se sent mal, ressent un inconfort, une gêne, n’est plus lui-même. Cette définition très large renvoie à différents types de relations. Nous n’allons pas les aborder dans ce premier article. Je vais juste vous planter le décor avec une petite histoire pour illustrer cette définition.
Cette lettre est totalement fictive, et pourtant beaucoup pourrait se reconnaitre. C’est une histoire de couple que j’ai choisi de mettre en scène dans cette lettre. Mais une relation toxique peut s’installer entre amis, entre parents et enfants, entre collègues. Vous l’aurez compris, elle touche toutes les sphères de nos relations, transforme et pervertie nos relations, l’équilibre et l’harmonie qui devraient régner.
Nathalie AZRAK
Je t’écris parce que…
Je t’écris parce que je n’en puis plus.
Je t’écris car je vais enfin pouvoir te dire ce que je ressens sans que tu ne puisses me répondre et me retourner la tête.
Je t’écris parce que quand je te parle, tout devient confus, perd de son importance.
Je t’écris parce que devant toi mes pensées sont toujours embrouillées et mes émotions me submergent.
Je t’écris parce que face à toi, mes mots perdent de leur force.
Je t’écris parce que j’ai besoin de pouvoir dire sans éprouver de la honte ou de la peur.
Je ne t’écris pas pour avoir une réponse.
Je ne t’écris pas pour être écoutée, car je sais que tu ne le peux pas. Cela fait longtemps d’ailleurs que j’y ai renoncé.
Je t’écris juste pour déposer ce qui me ronge.
Je t’écris parce que j’ai besoin de pouvoir repenser.
Je t’écris pour pouvoir à nouveau exister.
Je t’écris parce que j’ai enfin compris.
J’ai compris que dans cette relation, j’étais seule.
J’ai compris que pour toi je n’étais qu’un objet.
Et pourtant, comme tout était beau au début… Du moins, il me semblait.
Du partage, des échanges… Du moins je le croyais.
Tout allait bien tant que je te suivais.
Tout allait bien tant que les choses étaient comme tu le voulais.
Tout était bien tant que totalement tu me contrôlais.
Et puis, un jour, un premier accro. Rien de bien grave en fait. Du banal dans une relation normale.
Mais pas pour toi !
Tu m’as toisé.
Je me suis sentie si petite, si démunie.
Pas un mot, juste un regard.
Pas un geste, juste un regard.
Tu m’as méprisé.
Mais je n’ai pas réagi.
Je n’ai pas compris.
Pour moi, tu étais si parfait que j’avais dû mal te comprendre.
C’était certainement ma faute. Comme toujours…
J’aurais dû me taire !
Tu as accepté mon pardon. J’ai accepté ta façon de penser.
Je l’ai, peu à peu, faite mienne.
Alors ton regard est redevenu doux, tendre, aimant.
J’avais besoin d’apprendre et de changer…
Je me sentais si imparfaite, et toi si parfait !
Alors, doucement, tu m’as transformé.
Tu n’as plus aimé ma façon de m’habiller, alors je me suis conformée.
Tu n’as plus aimé ma coiffure, alors j’ai changé.
Tu n’aimais pas mon amie Amélie. Alors je ne l’ai plus vu
Tu ne te sentais pas à l’aise avec ma famille. Tu la trouvais beaucoup trop présente. Alors j’ai pris de la distance.
Peu à peu je suis devenue une marionnette dans tes mains de marionnettiste.
Jamais de colère, du moins, pas au début. Ou plutôt des colères froides, de celles qui hurlent dans le silence, sans aucun mot.
Je me rendais compte combien je devais changer.
Chaque jour mon imperfection me sautait au visage dans le miroir de tes yeux.
Entre tes mains, je n’étais rien de plus qu’un jouet que tu étais en train de casser, en train de désarticuler.
Et puis, il y a eu ce voyage, et tu t’es absenté plusieurs jours. Je me suis retrouvée seule devant mon miroir, je me suis regardée. Mais ce n’était pas moi que je voyais.
J’ai regardé mon cœur, sans cesse il doutait, sans cesse il avait peur. Il pleurait.
J’ai regardé mon reflet, cette fille n’était pas moi !
J’ai voulu appeler Amélie. Mais cela faisait tellement longtemps que je ne l’avais pas fait… Alors j’ai renoncé.
J’ai voulu appeler mes parents, mais certainement ils ne comprendraient pas. Ils t’aimaient tant ! Car malgré la distance que tu mettais, tu étais charmant, exemplaire avec eux. Le fils qu’ils n’auraient jamais !
Ma solitude a soudain envahi tout mon espace, comme un épais brouillard m’isolant de tout. Je n’avais plus ma meilleure amie. Je ne visitais que peu ma famille. Je ne passais plus de temps avec mes collègues. J’avais abandonné depuis fort longtemps les après-midis avec les copines. Quelles copines déjà ?…
J’étais si nulle, si sotte, si seule.
Alors, devant ce miroir, je me suis assise et j’ai repensé à qui j’étais autrefois…sociale, boute-en-train, rieuse, joyeuse, tournée vers les autres… Plus rien de cela n’existait. Tout avait disparu.
Je m’étais perdu, perdue dans tes désirs, perdue dans tes pensées, perdue dans ta volonté.
Tes pensées étaient aussi devenues miennes, ou plutôt, elles étaient dans ma tête. Sans cesse dans la journée, quoi que je fasse, ce sont tes mots qui s’imposaient, qui résonnaient (et me raisonnaient !).
Une marionnette entre les mains d’un marionnettiste.
À ton retour, j’ai voulu t’en parler. C’est là que tu m’as ri au nez. Je me suis alors sentie, si faible si fragile, si enfant, comme une enfant capricieuse qui ne sait pas apprécier ce qu’elle a.
Pourquoi je pleurais. N’avais-je pas tout ? Ne m’avais-tu pas tout donné ? Ne t’avais-je pas toi ? Tu prenais tout en charge, n’était-ce pas confortable ?
Tu m’as alors rappelé tout ce que tu avais fait et faisais pour moi ; les vacances, la maison, les cadeaux. Et c’est vrai, tu en faisais ! Tu devançais toujours chacun de mes désirs jusqu’à m’en étouffer. Je crois même, que pour beaucoup, je ne les désirais même pas.
Devant tant de logique, devant tant d’arguments, je me suis tu, penaude.
Le lendemain tu es revenu du travail avec un magnifique bouquet. Tu m’as dit « tout est oublié, je te pardonne ! ». Magnanime ! Comme à ton habitude. Et moi, me sentant, ingrate comme à mon habitude, plus misérable encore.
Alors le jour qui a suivi, je me suis faite belle. J’ai rangé la maison. J’ai préparé un bon repas, fais une jolie table et mis au milieu des bougies et le bouquet que tu m’avais offert la veille. Je ne travaillais pas ce jour-là. Je t’ai envoyé un SMS dans la journée pour te dire que je t’attendais, que je t’avais préparé une surprise. Tu m’as rapidement répondu que tu avais hâte de rentrer.
Le cœur léger, toute la journée, je n’ai cessé de penser, préparer et repenser à cette soirée.
19 h… Tu n’étais pas encore rentré. Cela arrivait!
20 h…Toujours pas…
Je me suis inquiétée et je t’ai envoyé un premier SMS… Silence…
Je t’en ai envoyé un autre, 15 minutes plus tard…
Silence…
Et puis tu arrives à 21 h, en colère, excédé parce que je t’avais harcelé ! Tu avais du travail à finir, tu n’avais pas passé ta journée à te reposer « toi », m’as-tu hurlé. J’ai tenté de te dire que deux heures de retard ce n’était pas rien, qu’il aurait suffi que tu me le dises. Mais les mots sont morts, étranglés dans ma gorge, rien n’est sorti. C’est avec peine que j’ai retenu mes larmes. Mon cœur était brisé, mais qui s’en souciait. Pas toi en tout cas.
Nous sommes passés à table, dans le silence. Tu ne m’as pas complimenté sur ma tenue. Tu as trouvé mon maquillage vulgaire, et le repas moins que passable, trop cuit.
Puis devant la télé tu es allé te poser. Ce soir-là, encore, je voulais discuter. Ce soir-là, encore, tu as tout retourné. Je pouvais comprendre que tu étais exténué après une journée de travail. Je pouvais même comprendre que tu avais besoin de distance.
Mais je ne comprenais pas ton comportement.
Tu soufflais le chaud, puis tu soufflais le froid.
Tes mots disaient des choses, mais mon cœur comprenait, ressentait l’inverse.
Je devais avoir un grave problème ! Peut-être même que je ne savais pas aimer…
J’ai mal dormi cette nuit-là. Pour toi, il semblait que rien ne s’était passé. Mais pour moi…
Le lendemain, en sortant du travail, j’ai rencontré Amélie, par hasard. Elle a hésité, puis est venue me voir. Elle ne me reconnaissait pas. Depuis ce jour, régulièrement nous avons pris un café. Peu à peu, avec elle, je me retrouvais.
Et j’ai commencé à comprendre que toute ma vie était centrée sur toi. On ne souhaite pas transformer quelqu’un que l’on aime. On le respect. Toi, tu ne me respectais pas. J’ai tenté de te le dire. Mais tous mes arguments étaient comme du sable entre mes doigts et rapidement, il n’en restait plus rien. La confusion me remplissait.
Je t’ai caché mes rencontres avec Amélie. Pourquoi ? Certainement pour survivre et tenter de revivre.
Et, c’est comme ça que j’ai repris le contrôle de ma vie. C’est comme ça qu’un jour j’ai pu dire stop.
Le plus difficile pour moi a été de te sortir de ma tête. Mais j’y suis arrivée.
Et cette lettre, n’est pas pour te convaincre ou que tu comprennes, simplement pour que je puisse mettre des mots sur tous les maux de cette relation. Une lettre, car comme ça, tu ne peux pas embrouiller mes pensées.
Cette relation n’était pas équilibre, partage, respect et complicité.
Elle tournait autour de toi, elle était pour toi.
Et j’ai enfin compris que continuer à l’accepter comme cela m’empoisonnait et que peu à peu je disparaissais.
Je devenais peu à peu un simple objet, ton jouet , ta marionnette.
Alors je t’écris parce que j’ existe et que je suis vivante.
Je t’écris parce que je ne suis pas et ne serai plus jamais cette marionnette.
Moi.
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