
Mettre les mots sur les maux, c’est accompagner une personne à naître à elle-même. C’est souvent comme un long accouchement, ponctué de contractions et de temps de répits.
Cela demande de la force, de l’énergie, de la persévérance, de l’endurance, de la discipline, parfois dans les larmes, la douleur, mais aussi la joie pour devenir la personne que l’on est censée être ; Libérée de nos blessures et le cœur brisé restauré ; Libérée de nos esclavages, nos prisons ouvertes et notre condamnation graciée une bonne fois pour toutes.
Je crois profondément qu’aucun être humain ne se réduit à ses blessures.
Mais je crois aussi profondément qu’aucun être humain ne peut réellement guérir, être libéré et renaître sans l’intervention de Dieu. Ce salut de nos péchés racheté gracieusement en Jésus.
Ce péché qui pervertit et salit tout : la communication, les relations, les pensées, les souffrances, les intériorités. Ce péché qui fait vivre dans un monde tellement violent, loin de l’amour qui pardonne. Ce péché qui fait vivre séparé de Celui par lequel nous pouvons tout. La créature n’est rien sans son créateur ! Ce péché, et les souffrances qu’il entraîne ; les blessures qui jaillissent et obscurcissent notre vision, nos compréhensions ; nous éloigne du Divin médecin de nos âmes.
Derrière les peurs, les injonctions, les croyances limitantes, les stratégies de protection ou les souffrances relationnelles demeure toujours une personne, porteuse d’une histoire, d’une dignité et d’une capacité de croissance parfois oubliée, mais jamais perdue.
Mon travail consiste à accompagner cette rencontre.
Je ne cherche pas à fabriquer un changement, ni à imposer une lecture de l’histoire d’une personne. Je cherche à créer un espace suffisamment sûr pour que ce qui demande à naître puisse émerger à son rythme.
J’aime les belles choses, j’aime la poésie, j’aime les images et les mots, aussi, j’aime à dire que je suis une jardinière des mots.
Le jardinier ne tire jamais sur une plante pour accélérer sa croissance. Il prépare la terre, enlève ce qui entrave, arrose, attend. La croissance appartient ensuite à Dieu, à cet intime qui se lie entre lui et la personne qui vient. Le jardinier utilise des outils pour travailler la terre, creuser, nettoyer, désherber. Mes outils à moi s’appellent, écoute, débriefing, coaching et exercices, accompagnement, empathie. Le jardinier possède la connaissance du monde végétal. J’ai acquis la connaissance de l’humain, sa psychologie, ses fonctionnements, ses comportements, ses blessures. Le jardinier se met au service du Créateur en s’occupant des plantes. Je me mets au service du Créateur en servant ses enfants, en les accompagnant sur ce long chemin de réconciliation, avec lui d’abord, et ensuite avec eux-mêmes, pour guérir et avancer, traverser les tempêtes, les déserts, pour rebondir et renaître à la vie.
Ce faisant, certaines compréhensions ne peuvent apparaître qu’au moment où la personne est prête à les accueillir. C’est pourquoi je ne cherche pas à provoquer une introspection permanente. Je fais confiance à l’action divine dans nos vies, à l’omniscience et l’omnipotence de notre Seigneur pour faire émerger ce qui doit émerger au bon moment.
Cette conviction rejoint cette parole, qu’il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux. » (Ecclésiaste 3.1)
En séance, je travaille donc avec ce qui émerge. Je relance, je questionne, je reformule, j’apporte parfois quelques clés de compréhension lorsque cela permet à la réflexion de se déployer. L’essence de mon travail s’inscrit dans la relation, dans la communication, dans l’échange. Parfois, aider à mettre les maux en mots, c’est devenir miroir de l’autre, c’est laisser la parole se refléter et prendre corps.
Mais je veille à ce que les découvertes demeurent celles de la personne. Une compréhension imposée transforme rarement. Une compréhension qui naît de l’intérieur peut changer une vie.
D’autres fois, écouter suffit. Être là.
Au cœur de mon accompagnement se trouve une conviction simple : toute personne mérite de retrouver sa place d’énonciation et de pouvoir dire : Je ressens. Je pense. Je désire. Je refuse. Je choisis. Ces phrases semblent ordinaires. Elles sont pourtant, pour beaucoup, le fruit d’un long chemin. Bien souvent, les personnes que je rencontre ont appris à répondre aux attentes avant d’écouter leur propre voix. Elles savent prendre soin des autres, mais peinent à reconnaître leurs propres besoins. Elles savent expliquer, comprendre, justifier… mais beaucoup moins connaître et vivre leur propre désir
Je crois que chaque être humain est créé avec une dignité qui ne dépend ni de ses performances, ni de ses blessures, ni de son histoire. Je crois que la vérité libère lorsqu’elle peut être accueillie avec grâce. Je crois qu’une parole authentique vaut mieux qu’une vie passée à porter des masques. Je crois que la croissance est souvent plus proche d’une germination que d’une performance. Je crois qu’il est possible de » dire la vérité dans l’amour » (Éphésiens 4.15) : accueillir la réalité de son histoire sans condamnation, mais sans mensonge non plus. Je crois aussi que chacun est appelé à » porter les fardeaux les uns des autres » (Galates 6.2), sans pour autant porter la vie des autres à leur place.
Au fond, accompagner une personne, ce n’est ni marcher devant elle pour la tirer, ni derrière elle pour la pousser. C’est marcher à ses côtés, avec humilité, jusqu’à ce qu’elle puisse reconnaître la voix de Dieu, retrouver sa propre voix et avancer librement sur le chemin que le Seigneur a préparé pour elle.
C’est pourquoi » le Seigneur, l’Éternel m’a donné une langue de disciple attentif pour que, par ma parole, je sache fortifier ceux qui sont fatigués. Il me fait rendre l’oreille matin après matin, afin que je l’écoute comme un disciple. (Esaïe 50 : 4)
Enfin, je crois profondément que le chemin de la guérison n’est pas linéaire. J’aime dire à ceux que j’accompagne : » Trois pas en avant, deux pas en arrière… c’est toujours avancer d’un pas. » Les retours en arrière apparents ne sont pas des échecs. Ils sont souvent le signe qu’un déséquilibre ancien est en train de laisser place à quelque chose de plus vivant, de plus juste.
Il faut du temps pour rééquilibrer nos mondes intérieurs. Il faut du temps pour que la parole germe et s’ancre dans nos cœurs blessés.
La guérison ressemble au soin apporté à une blessure. Il faut d’abord la nettoyer. Cela suppose souvent d’enlever le pus, d’appuyer là où cela fait mal pour faire sortir ce qui s’est infecté. Puis vient le temps de désinfecter, de nettoyer en profondeur, de nommer la blessure, d’en découvrir les ramifications, les mécanismes et les multiples expressions dans notre vie. Alors seulement peut être posé un baume de guérison.
Ensuite, il faut accepter d’attendre. Le cœur ne guérit pas sur commande.
Et lorsque la blessure est refermée, le travail n’est pas terminé. Il faut encore retourner la terre, l’arroser, laisser la vie germer, veiller à ce qu’aucune nouvelle infection ne s’installe, arracher les mauvaises herbes et apprendre à reconnaître les pensées envahissantes qui étouffent la croissance.
C’est alors que les premiers fruits apparaissent. Peu à peu, la réalité de la Parole s’enracine dans la personne et transforme sa manière de vivre. Plus les blessures sont profondes et anciennes, plus ce chemin demande du temps, de la patience et de la persévérance, car il faut aller jusqu’à la racine.
Au fond, mon travail pourrait se résumer en quelques mots :
Mettre des mots sur les maux, pour retrouver sa voix, retrouver la Voie, et entrer enfin dans la vraie liberté.
Pour cela, le travail d’accompagnement passe parfois par de très petits gestes, de petits exercices : s’autoriser un plaisir, reconnaître une envie, poser une limite, demander de l’aide, accepter de recevoir, etc. Ces micro-autorisations sont souvent de grands déplacements intérieurs. Elles permettent progressivement de quitter une logique de survie pour entrer dans une logique de vie. Souvent, il ne faut pas attendre d’aller mieux pour agir, mais il faut agir pour aller mieux.
Cette approche s’appuie également sur différents courants de pensée : les travaux de Donald Winnicott sur l’environnement suffisamment bon, ceux de Carl Rogers sur la qualité de la relation, les réflexions de Jacques Lacan autour du sujet et de la parole, les approches systémiques qui éclairent les dynamiques familiales, ainsi que les recherches sur l’attachement, les émotions et la communication assertive. Et bien d’autres encore…
Ce sont ces connaissances qui me permettent de créer différents outils pour relier.
Relier la personne à elle-même, afin qu’elle puisse se relier pleinement à Dieu.
Enlever les mauvaises herbes pour laisser réapparaître le Créateur de toutes choses. Ôter les ronces qui blessent le cœur afin qu’il batte à nouveau au diapason de celui de Dieu. Défaire les forteresses, les fausses croyances et les mensonges qui enferment, afin de libérer la pensée et de lui permettre de s’élever vers Dieu. Desserrer les liens d’esclavage, aider à déposer les fardeaux pour que chacun puisse enfin respirer, vivre au lieu de simplement survivre.
Tous ces courants constituent des outils au service d’un même objectif : accompagner la personne vers une liberté plus profonde.
Au-delà de ces références théoriques, mon approche est entièrement portée par une vision biblique de la personne. La Parole de Dieu est à la fois mon ancre et ma boussole. Elle permet de relever les yeux vers Celui à qui rien n’est impossible. Elle invite à ne plus rester fixé sur les blessures, mais à se laisser décentrer pour rencontrer à nouveau le regard de ce si grand Seigneur, qui n’a pas hésité à donner son Fils afin que nous soyons libérés, guéris et restaurés.
La Parole est mon socle. C’est d’elle que tout part, et c’est à elle que tout revient.
Nathalie AZRAK
