Jardinière de mots

J’aime les mots…

J’aime les mots,
Les mots sages et les mots sauvages,
Les mots qui boitent et ceux qui dansent.
Ceux qui savent où ils vont et ceux qui cherchent encore leur chemin,
Ceux qui se cachent derrière le rideau de leur définition, ceux qui se voilent la face.

J’aime les mots,
Les mots terriens aux fondements solides, inébranlables,
Ceux dont les racines sont profondes.
Les mots aériens, aux ailes déployées, légers, virevoltants,
Ceux qui sont évanescents, insaisissables.

J’aime les mots ;
Ceux qui sont comme de petites graines de verbe semées dans le jardin de notre humanité.
Ceux qui me laissent imaginer qu’ils sont arrivés avant la vie pour la raconter, peut-être même pour la faire naître.

J’aime les mots,
Les mots qui éclairent, qui relient, qui redonnent sens, ceux qui donnent vie.

J’aime les mots quand ils jouent ensemble.
Un accent change le destin, une virgule offre une respiration.
Ensemble, ils sont de drôles de semeurs.
On les croit légers, et pourtant ils déplacent nos montagnes intérieures.
Ils ouvrent des portes dans les murs,
Ils mettent des fenêtres sur nos impasses.

J’aime les mots,
Il y a des mots-valises qu’il faut parfois déposer, lâcher.
Il y a des mots-boussoles qui nous font avancer sans jamais se lasser de nous guider.

J’aime les mots,
J’aime jouer avec eux, les retourner, les apprivoiser,
Ceux que l’on dit, ceux que l’on écrit.
J’aime les laisser se rencontrer, se bousculer.
J’aime ceux qui parfois racontent plus qu’ils ne semblent dire, et montrent ce qu’ils cachent.

Alors je cultive les mots,
Je les écoute pousser dans les récits, les silences, les rencontres.
Je les écoute dévoiler les maux qui blessent les cœurs.
Certains timides se cachent longtemps, d’autres se déguisent pour ne pas être démasqués.
Et d’autres encore arrivent sans prévenir et prennent toute la place.

Alors je m’émerveille, car parfois il suffit d’un seul mot pour qu’un monde intérieur commence à fleurir.
Les mots sont vivants, ce sont parfois des voyageurs, parfois des racines, parfois des pansements.
Mais d’autres fois, ce sont des mots passeurs, ou des mots secrets.
D’autres fois encore, ce sont des mots-douleurs qui jaillissent de la cave de nos cœurs.

Et puis il y a eu ce jour où j’ai rencontré le mot Espérance, trouvé recroquevillé au fond d’un tiroir, en pleine errance.
Il n’était plus utilisé depuis tellement longtemps. Il avait pris la poussière, mais ses yeux brillaient encore de leur douce lumière.
Je l’ai cultivé dans mon jardin, j’en ai pris soin, il s’est épanoui, il s’est multiplié.

Alors régulièrement j’offre un bouquet d’Espérance lorsque les mots-douleurs jaillissent des caves de nos cœurs.

Oui, j’aime les mots parce qu’ils sont au commencement,
Parce qu’il existe une Parole unique, vivante, agissante, qui vient transformer nos mots de douleur, ces affreux maux qui enserrent nos cœurs.
Parce que chaque fois qu’un être humain trouve les mots pour dire son histoire, alors les maux disparaissent et des petits morceaux de son monde renaissent.
Ces mots-là sont des clés, parfois oubliées au fond d’une poche, mais qui ouvrent les portes de nos prisons intérieures.
Parfois ce sont des pansements qui viennent guérir nos cœurs blessés et ratatinés.

Accueillir les mots des maux, c’est cueillir des récits, ramasser quelques fruits qui vont venir nourrir l’âme et le cœur de l’affamé, restaurer celui qui est fatigué.

Alors oui, je suis jardinière des mots, et mon potager regorge de bons mots qui viennent guérir les maux que j’arrose avec la Parole, origine de toute chose.

J’aime les mots de la Parole qui guérit les maux de nos cœurs.

J’aime les mots et je vous invite dans mon jardin pour y déposer vos maux.

Je cultive les mots pour déraciner ces maux,

Car je n’aime pas les maux !

Nathalie AZRAK

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